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Framboises et notes de voyage, de retour à Paris

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Je suis revenue à la maison. Cette année j’ai manqué à ma tradition d’anecdotes collectives, où l’on pouvait suivre à la trace mes avancées. Le temps m’a pris d’assaut. Après Almaty j’avais besoin de grand espace, d’être loin des klaxons, moteurs de voitures, pelleteuse, scies, marteaux, chantiers, besoin de marcher, d’écouter le vent dans les feuilles et de m’asseoir sur un banc pour regarder les passants et les feuilles voler.
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A Jalal-Abad j’ai adopté une belle allée du parc de la ville. Je m’y suis arrêtée plusieurs fois pour regarder et discuter aussi. Le deuxième jour, un jeune homme s’approche de moi, il est avec sa femme qui tient son bébé dans ses bras, il a l’air inquiet et il veut me parler, il me dit « Tu sais où dormir ? Hier je t’ai vu ici, le matin et le soir encore, et aujourd’hui tu es là, tu as une maison ? Chez qui tu dors ? » Je le rassure, oui j’ai bien un endroit où dormir, je me promène, il me donne quand même son adresse, me dit que je peux venir quand je veux si je ne sais pas où aller et il s’en va. Bon, c’est vrai qu’avec mes pauvres vêtements usés je suis loin de ressembler aux autres étrangers de passage. Je n’ai pas les chaussures de marche, pas de sac à dos eastpack, pas de lunettes de soleil, pas d’appareil photo, et ma caméra est rangé dans un sac de bazar blanc sali par la terre.
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Avant encore, et entre moments de boulot, il y a eu Aralsk. J’y suis arrivée le soir, vers 22h, on avait réussi à trouver quelqu’un pour venir me chercher à la gare, et c’est devant l’unique vieil hôtel soviétique que l’on m’a déposé, me recommandant de m’enfermer dans ma chambre sans me promener. Il faisait chaud, les ados étaient dans la rue de l’hôtel, centre ville, à rigoler, en sandale, dans le sable. Le sable était encore chaud de l’après midi, le vent faisait voler les tentures des portes et fenêtre. Une ville de bord de mer. J’avais oublié où j’étais arrivée. Le matin, la rue était large, vide, le verre éclaté des bouteilles de bière bruissait sous mes pas. Le sable en dessous. Le vent en permanence, la terre dans les yeux et le soleil haut et chaud. J’ai vu la mer aussi. Pas dans le port du bout de la rue. A quatre heures de 4/4 d’Aralsk. J’étais si proche que je ne pouvais pas la manquer, ne serait-ce que par curiosité, parce que j’étais là. C’était une raison stupide. Je cherchais aussi de la vie, la force d’une mer, peut-être un peu de verdure dans ce désert. Or il n’y a plus de mouvements dans la mer. Les deux canadiennes qui étaient avec moi, à peine descendue de la voiture se sont assises face à la mer et dos aux pêcheurs et bouteilles de bière vide, et sans se parler elles ont attendu. Le chauffeur s’est baigné. Les pêcheurs se sont partagé des morceaux de poissons à chair rouge vif, tout en buvant des bières, des poissons qui avaient l’air déjà si vieux. J’ai filmé un peu, deux bobines, automatiques, je ne pouvais pas rester sans rien faire, pourtant, qu’est-ce que je faisais bien là ? Et puis le chauffeur nous a dit, ça y est ? On peut y aller ? Vous avez vu ? Voir ? Qu’est-ce qu’on a vu ? Des pêcheurs sont repartis dans leurs barques, ils ont le visage marqués et noirci par le soleil, avec des habits durcis par le sel et la terre. Nous n’avons pas parlé de tout le retour. Cette journée là, sur la route, on s’est arrêté beaucoup de fois chez des amis du chauffeur. Chez l’un de ses amis, j’ai enregistré les chameaux
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C’est après que je suis arrivée au Kirghistan. Le paradis à côté, même si… Mais un peu de douceurs ne fait pas de mal. A Karakol, j’ai commencé à m’asseoir sur des bancs dans le parc de la ville. Ou sur des souches d’arbres. Derrière moi les jeux et manège, et jamais loin de moi les autres bancs ou souches sur lesquels les jeunes et les vieux s’assoient, longuement aussi. J’ai un peu amélioré mon russe. J’avais aussi mon cahier sur les genoux, même si je n’écrivais pas tout le temps, simplement je regardais avec plaisir chaque mouvement. Une jolie fille arrive, plus éclatante que les autres jeunes kirghizes, elle contourne ma souche et passe derrière moi, tandis que j’écris sur mon cahier « une jolie fille passe » Je lève la tête et me tourne, je croise son regard, avec un grand sourire elle me dit quelque chose en kirghize, je lui réponds en russe que je ne parle pas du tout kirghize, mais un petit peu russe, elle me répond en français « qu’est-ce que vous écrivez ? » Etonnée par cette première question inhabituelle, je lui réponds « j’écris ce qui me passe par la tête et sous les yeux, comme ça vient » et puis on a parlé un peu, en français, elle me dit qu’elle avec son ami, « pas son petit copain », elle a un grand sourire, les cheveux lâches, une jupe longue rose, elle resplendissante, elle est une belle personne, simplement sa beauté sans autre pensée m’apparaissait. Son ami la rejoint enfin, elle lui raconte en kirghize, et il lui répond, elle me traduit brièvement ce que son ami vient de lui dire par « de loin, un pêcheur reconnaît un autre pêcheur » Puis on s’est dit au revoir et ils ont continué leur ballade tous les deux, tandis que les dames qui balaient les parcs arrivaient à ma hauteur, les feuilles s’amassaient en tas, puis elles m’ont fait me déplacer, un homme a mis le feu au tas de feuilles mortes, et j’ai terminé ma journée par quelques leçons de russe.
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A présent, je suis sous le ciel de Paris, fini les melons fins et sucrés, les framboises, les lipiochkas chaudes sorties du four, Daniel et Zhanara sont maintenant à San Francisco et Gaisha est resté dans sa ville, Almaty.
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Artpologist a cependant bien d’autres idées en tête, affaires à suivre…

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